ARCHE / 2021

 


C’est en observant en studio la qualité des rencontres entre Véronique Weil et Deborah Lary, avec lesquelles Myriam Gourfink collabore depuis une dizaine d’années, que lui est venue l’envie d’étudier, pour la première fois, la figure classique du duo. Leurs présences l’une à l’autre donnent à sentir la possibilité d’un état d’être ensemble sans confusion, une présence à l’autre sans froideur ni fusion : une sororité que la chorégraphe souhaite sublimer pour la rendre palpable et visible.
Pour ce duo, Myriam Gourfink souhaite rendre lisibles et palpables la douceur et l’intelligence du toucher lorsque celui-ci comprend et accompagne l’espace corporel de l’autre dans sa globalité. Il s’agira pour ce faire d’abord de gommer complètement la notion d’effort, ou tout du moins de la déplacer à l’endroit de la précision du ressenti ; mais aussi de fuir la virtuosité spectaculaire, pour lui préférer une virtuosité invisible axée sur la connaissance des poids, contrepoids, leviers, sur l’appréciation fine des distances, et sur un ajustement spatial millimétré. La chorégraphe souhaite faire naître des volumes, des rondeurs, de l’épaisseur, et surtout rien qui tire sur les structures des corps, rien qui leur nuise – créer des équilibres inattendus, une ergonomie surprenante.
D’autre part, ARCHE sera l’occasion de s’interroger sur la capacité du corps dansant à produire une dramaturgie involontaire : plus précisément, comment une partition, faite d’indications abstraites concernant les mouvements de têtes, provoque du sens pour celui qui regarde ? La partition s’appuiera sur tout le spectre des relations entre les têtes et visages de Véronique Weil et Deborah Lary, relations qui seront puisées dans le dictionnaire de la cinétographie Laban. Ce système que la chorégraphe étudie depuis 20 ans fonctionne par imbrication de notions, les unes venant préciser les autres. À titre d’exemple, la notion du « toucher glissé » peut venir préciser la notion d’effleurement, ou bien celle de l’abandon du poids d’un corps sur l’autre. Pour écrire la partition, Myriam Gourfink choisit des notions relativement ouvertes (imbriquant volontiers une, deux voire trois notions ensemble, mais sans les détailler à l’extrême), afin que le choix le plus précis soit au bout du processus effectué par les interprètes elles-mêmes, afin qu’elles puissent adapter les indications, par la sensorialité, à leurs morphologies et imaginaires.
Myriam Gourfink – Mai 2019



Chorégraphie
Myriam Gourfink

Assistante à la chorégraphie
Carole Garriga

Danse
Deborah Lary & Véronique Weil

Basses & électronique live
Kasper T. Toeplitz

Durée
Environ 60 minutes

By observing in studio the nature of the encounters between Véronique Weil and Deborah Lary, with whom Myriam Gourfink has been worked for about ten years, she got the idea to study the classical duet form for the first time. Their respective presences give the feeling of a possibility of a state of being together without confusion, a presence next to each other without coldness or fusion; a sorority that the choreographer wish to sublimate to make it palpable and visible.
For this duet, Myriam Gourfink is seeking to render the gentleness and intelligence of touching legible and palpable, when it is applied to the corporal space of the other; to completely erase any notion of effort, or at least move it to where feeling is expressed; to flee spectacular virtuosity and prefer instead an invisible virtuosity based on knowledge of weights, counterweights, levers, a refined appreciation for distances and exact spatial orientation. I wish to create volumes, curves, thickness, with nothing pulling back on the bodily structures, nothing harming them; to create unexpected balances, and surprising ergonomics.
Moreover, the choreographer is wondering about the ability of the dancing body to produce involuntary dramaturgy. More exactly, how a choreographic score, composed of abstract indications concerning head movements, comes to hold meaning for the beholder. Thus, the score will draw on the entire spectrum of notation for relations between the heads and faces of Véronique Weil and Deborah Lary. Myriam Gourfink will take these notations from Laban’s dictionary of Kinetography. This system, which she has been studying for 20 years, functions through overlapping of notations, each one specifying the previous one. As an example, a notation of touch and glide can come to specify the notation of brushing (up against), or else the full force of a body’s weight against another. To write this score, I chose relatively open notations (I would freely link one, two, or even three notations together, but I wouldn’t add an extreme amount of detail) so that the exact and final choice would be executed by the performers. The score allows the performers a part of the decision, so that they can properly feel the directions given, and adapt to their body shapes and own imaginations.
Myriam Gourfink – May 2019



Choreography
Myriam Gourfink

Assistant to choreography
Carole Garriga

Dance
Deborah Lary & Véronique Weil

Bass & live electronics
Kasper T. Toeplitz

Duration
About 60 minutes